Rythmes du Moyen Orient - Foire aux Questions (FAQ)
Voici quelques rythmes traditionels (mizan, iqa, vazn, darb, dawr, adouar) joués
dans la musique de danse ou d'accompagnement au Moyen-Orient et en Méditerrannée.
S.v.p. envoyez-moi vos commentaires, corrections, nouveaux rythmes ou variations. |
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Voici quelques suggestions:
Pour les noms arabes j'ai utilisé des translittérations de façon cohérente avec des consonnes majuscules pour les sons forts et des doubles voyelles pour les sons longs. S'il y a des erreurs d'épellation arabe s.v.p. faites-le moi savoir.
Pour les noms grecs et balkaniques on retrouvera les termes et translittérations d'usage courant.
Dans beaucoup de cas les noms en usage sont incohérents. Les musiciens folkloriques en général n'utilisent pas de nom particulier pour identifier un rythme -- ils savent tout simplement lequel utiliser pour chaque chanson.
Je suppose que vous savez comment battre la tambour, sinon (mis à part une section de mes pages que je développerai quand le temps me le permettra) je vous suggère de trouver un professeur de musique ou quelqu'un qui sait déjà jouer pour vous l'enseigner, ce qui vous sauvera du temps et vous évitera d'acquérir de mauvaises habitudes.
Avec la façon «traditionnelle» de jouer la tabla arabe (darabuka) on joue les TEK et KA d'une main ou de l'autre: en étant la frappe accentuée ou résonante (par opposition à la frappe étouffée) d'un son clair (en frappant près du rebord de la peau). Cependant la plupart des gens trouve plus facile d'apprendre et d'enseigner les frappes avec les noms qui désignent la main à utiliser.
Notez que tant que vous produisez le son correct l'usage d'une main ou de l'autre n'est pas important. Néanmoins en produisant les sons accentués avec la main dominante (i.e. droite pour un droitier) vous allez probablement vous rapprocher plus du son traditionnel.
Il y a plusieurs façons de noter les rythmes, la plus populaire étant celle du solfège occidental. Je la trouve un peu difficile à lire, si c'est aussi votre cas consultez la version avec notation de format texte.
Les accents sont indiqués au-dessus des notes et la main à utiliser en-dessous. Les sons graves (DOUM) se trouvent sur la ligne inférieure et les sons aigüs (TEK, KA) sur la supérieure. Les coups non-accentués sont ouverts. Les accentués sont joués plus forts et peuvent aussi être produits différemment (assourdis ou amortis). L'accent spécial (indiqué par un petit X) est particulier: le son sera habituellement court, amorti ou encore assourdi.
En musique un silence est un temps qu'on ne joue pas.
Avec plusieurs instruments une note peut être soutenue et il y a une différence entre jouer «une note, un silence, une autre note» et «une note soutenue et une autre note». Avec un tambour on ne peut pas vraiment soutenir une note, cependant les combinaisons de notes et silences nous indiquent si la base rythmique sera soutenue ou non.
Les plus anciens écrits musicaux connus nous proviennent de la Grèce Antique. Bien que les érudits grecs aient été plutôt techniques leurs documents ne font pas mention de structure rythmique musicale formelle. Nous savons qu'ils utilisaient une notation à deux valeurs (courte et longue) avec un rapport de durée d'un et demie à deux entre eux. Les trames rythmiques étaient faites de séquences de temps longs et courts quelquefois répétées.
Nos connaissances du monde grec nous ont été transmises par les érudits arabes du Moyen Orient qui ont étudié, traduit et conservé les documents grecs. La tradition musicale arabe a vraisemblablement pris naissance dans les voix des nomades des caravanes. Souvent un simple instrument de percussion (un bâton par exemple) était utilisé pour battre la mesure. Avec la sédentarisation des nomades les instruments de musique se sont développés dans les villages et les villes, et les oeuvres poétiques furent acquises par les érudits
L'expansion géographique de l'empire arabe du Moyen Orient jusqu'en Afrique du nord, en Espagne et au Portugal a véhiculé une approche académique face à la musique. Les traditions locales ont été intégrées pendant que de nouvelles formes musicales et instruments étaient créés. Les traditions musicales d'Afrique du nord sont encore fortement influencées par la culture arabe, contrairement au reste de l'Afrique. La musique est fondamentalement mélodique homophonique plutôt que polyphonique et harmonique. Mais cela ne veut pas dire que la musique arabe est simple. L'intérêt est dans l'ornementation des pièces musicales par chaque instrument au lieu de leur intégration dans un ensemble. La tradition musicale arabe (et méditerranéenne) fait usage d'un soliste ou d'un petit ensemble, une évolution du groupe folklorique et de la tradition du barde nomade.
Fait intéressant à noter, la musique a toujours eu un statut bivalent dans la tradition islamique. Plusieurs fondamentalistes ont soutenu que la musique pour le plaisir (plutôt que le culte religieux) est une distraction pécheresse, alors que beaucoup de monarques (et aussi la population en général) favorisaient grandement les arts musicaux.
Des califats du Magreb et de leurs cours sont nées des formes de concerts et des structures musicales et rythmiques dont le "nouba", un style complexe de concert. La présence arabe en Europe et l'interaction culturelle des croisades a favorisé la diffusion de la culture musicale arabe et de ses instruments (en français le mot tambour vient effectivement de l'arabe at tanbour). Certaines sources prétendent que le tambourin (simple cerceau muni d'une peau tendue, très populaire en Afrique du nord depuis des siècles) pourrait avoir été introduit en Irlande pour devenir le bodhran. Mais cette théorie n'a jamais été formellement prouvée.
Les étudiants modernes de la musique du Moyen Orient se heurtent à plusieurs écueils: les compositeurs arabes ont tendance à décrire la musique et la danse de façon poétique (impressions et sentiments suscités auprès du public) plutôt que technique. Bien que les érudits arabes fussent impressionés par la notation musicale occidentale (probablement découverte durant les croisades) cette rencontre n'a pas débouché sur une façon de transcrire la variété des sons et rythmes de la musique du Moyen Orient. L'étude des rythmes est encore plus difficile: il n'existe pas vraiment de notation rythmique même pour les pièces correctement transcrites. Soit que les érudits (comme dans la plupart des traditions orales) n'aient pas crû nécessaire de documenter une tradition si bien connue, soit qu'ils n'aient pas trouvé de manière adéquate pour le faire.
Plusieurs initiatives ont été tentées par des érudits du Moyen Orient pour documenter leur tradition musicale orale; malheureusement ces documents ne sont pas disponibles bien qu'il en existe des références dans d'autres documents historiques. Les invasions Mongoles de l'empire Abbaside et de centres académiques comme Bagdad en 1258 a détruit ces ouvrages (ainsi que leurs auteurs!). Safi-al-Din, auteur de deux ouvrages qui ont survécu aux pillages, fut l'un des rares qui ait été épargné et qui s'est retrouvé à travailler à la Cour mongole.
Par surcroît on retrouve une constante rivalité entre la la tradition musicale folklorique et académique, comme si les érudits ne voulaient pas se pencher sur la musique traditionnelle.
En émergeant des restes des califats arabes l'empire Turc Ottoman adopta ses formes musicales et donna un nouvel essor à la «marche militaire» que les arabes utilisaient pour intimider leurs ennemis. Cette musique comprenait beaucoup d'instruments de percussion, ainsi que des cuivres et des instruments à anches bruyants. Il en résultat le développement d'instruments et de musique pour usage extérieur, pendant que d'autres rythmes et formes musicales naissaient de celles déjà en usage dans les cours.
Par conséquent la musique moderne du Moyen Orient est un mélange de tradition folklorique, de restes de formes musicales classiques, ainsi que de fragments de musique occidentale populaire et classique. Durant la première partie du 20ième siècle l'influence de l'empire turc Ottoman laissa la place aux courants venant d'occident, et les compositeurs Egyptiens produisirent de nombreuses oeuvres en fusionnant le style classique occidental avec celui du Moyen Orient, générant un style musical orchestral et harmonique. En termes d'éléments rythmiques il semble qu'on ait perdu la diversité, certaines formes complexes ayant disparu au profit d'un style occidentale utilisant des mesures aux nombres pairs. Par exemple, dans la musique perse traditionnelle courante il est rare de trouver des rythmes qui n'utilisent pas une base de 2, 4 ou 6 temps alors que des documents anciens semblent indiquer l'usage de mesures beaucoup plus longues.
Avec l'émergeance de l'industrie pétrolière de la fin du 20ième siècle la main d'oeuvre bon marché venant d'Afrique a apporté au Moyen Orient un peu de tradition polyrythmique, spécialement dans la région du Golfe Persique.
Voir aussi l'analyse technique de références historiques.
Le simple «maqsoum» est la base de plusieurs rythmes et est spécialement important dans la musique égyptienne folklorique et moderne. Si vous écoutez de la musique du Moyen Orient vous remarquerez le [DT-TD-T-] caractéristique du «maqsoum». Hossam Ramzy aurait affirmé que le «maqsoum» est la base de toute la musique égyptienne. Le «maqsoum» basique et toutes les façons de l'orner nous démontrent bien la tradition rythmique du Moyen Orient. Les percussions forment la structure d'une piè musicale bien qu'il y ait beaucoup de place pour les autres instruments. Dans certaines parties du Magreb (p. ex. en Tunisie) cette famille de rythmes est aussi appelée «Douyek».
| [MIDI] | base |
| [MIDI] | orné |
| [MIDI] | accentué |
| [MIDI] | base |
| [MIDI] | orné |
| [MIDI] | égyptien classique |
Une version uniformément ornée d'un rythme (tel que le dernier baladii plus haut) est souvent appelé «marchant» à cause de son pas régulier.
maqsoum marchant 4/4
| [MIDI] |
| [MIDI] | avec pont |
Les quelques battements à la fin des phrases rythmiques sont des «ponts»; ils ne font pas vraiment partie de la base, mais sont souvent joués pour enchaîner la prochaine mesure.
Notez que même si ce rythme a en théorie un DOUM en début de phrase, ce dernier est souvent remplacé par un TEK une fois le premier cycle complété, avec une tendance à retarder légèrement le second TEK de façon à renforcer le double DOUM.
sayyidii 4/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] | après la 1ière mesure |
| [MIDI] | première mesure |
| [MIDI] | syncopé avec 3 DOUMs |
sombati 4/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
En arabe «waaHid» veut dire «un». Ces rythmes comportent en effet un seul accent DOUM en début de phrase. Une forme particulière, le «waaHida sayyAra» est aussi connu en Égypte sous le nom «libi» à cause de sa récente popularité en Lybie. Le «waaHida» est souvent utilisé dans l'enchainement vocal d'une chanson car son unique accent facilite la passage aux syllabes souvent allongées du soliste en début d'improvisation. La partie rythmique marque la régularité des mesures pendant que celles de la mélodie allongent ou raccourcissent.
Le «waaHida» avec son accent initial unique peut s'utiliser pour enchainer des rythmes avec des temps ou trames différents (comme une passe).
waaHida 4/4
| [MIDI] | sayyara (lent) |
| [MIDI] |
| [MIDI] | saghiira |
| [MIDI] | "tawil" |
| [MIDI] | khafiif (rapide) |
«Bambii» est un rythme moderne semblable au waaHida avec 3 DOUMs, soit en finissant le waaHida avec 2 DOUMs ou en le renversant pour obtenir les 3 DOUMs en début de phrase.
bambii 4/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
En forçant un peu on pourrait dire qu'il ressemble au maqsoum. Il comporte habituellement 8 temps ornés et produit un effet différent;. Il est populaire avec la danse du ventre de Turquie et d'ailleurs et est exécuté à vitesse modérée avec (je crois) des temps vides. Les percussionistes prennent plaisir à terminer les phrases avec des passes parfois inusitées. Il est parfois utilisé pour accompagner un «taaqasiim» (improvisation mélodique). On l'appelle parfois (avec confusion) «taa-qa-siim», qui ressemble au mot arabe «taq-sim» qui signifie «divisé» et peut s'utiliser comme terme général pour le «maqsoum».
Les égyptiens jouent habituellement une version simplifiée du ciftitelli qu'ils appellent «waaHida taaqasiim» ou encore «waaHida kabiir» et qu'on peut retrouver aussi en Turquie.
ciftitelli (shiftaatellii) 8/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
Comme mentionné plus haut ce rythme a une base de maqsoum mais a 8 temps au lieu de 4 et est exécuté plus lentement. Généralement les masmoudis sonnent lourd (kabiir) alors que le maqsoum est rapide et agile (khafiif).
On a retrouvé des preuves que le masmoudi était utilisé dans la musique mouwachahat ancienne avec une touche plutôt artistique alors que le maqsoum se retrouve dans la plupart des oeuvres folkloriques.
Les Masmoudas sont l'un des trois groupes ethniques Berbères du Maroc. Ils vivent à l'ouest du massif du Rif et de l'Atlas. On appelle quelquefois cette région Masmouda.
maSmuudii 8/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
falaahii 2/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
ayyuub 2/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
karAtshi 2/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
foks/vox 2/4
| [MIDI] |
jerk/jaark 4/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
bolero 4/4
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
zaffah 4/4 (or 8/4)
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] |
| [MIDI] | "Big Zaffa" de Hossam Ramzy |
Nous avons jusqu'ici examiné des rythmes d'une façon occidentale, avec des mesures et temps régulièrement espacés. Traditionnellement et historiquement (et encore aujourd'hui dans la musique folklorique) cet aspect de la mesure n'avait pas beaucoup d'importance. Comme mentionné plus haut, chez les grecs de l'Antiquité on utilisait que des temps longs ou courts. Les cycles étaient répétés à cause de la chanson, et non pas parce qu'il y avait un standard de mesure. La tradition arabe est en quelque sorte semblable, tout comme la musique moderne des Balkans.
Il est quelquefois difficile d'interpréter un ryhtme folklorique dans le contexte musical moderne...
Les musiciens modernes du Moyen-Orient et de Grèce découpent les rythmes en mesures modernes de façon plus ou moins pécise. Le nombre de temps par mesure (qu'ils soient joués ou pas) est important. Les mesures sont à 2 ou 3 temps (ou plus), et habituellement le premier temps (plus accentué que les autres) est le plus important. Historiquement la répétition d'une trame fut probablement plus importante que la régularité des mesures. La musique moderne et sa notation ne peut saisir ni la subtilité de la synchronisation ni la syncopation d'un rythme, si importants qu'ils soient.
waaHida saghiira 4/4
| [MIDI] |
Traditionnellement ce rythme serait organisé en segments de 2 et 3 temps. Dans le cas présent ce serait 3+3+2:
D---__T-____T---| 1-2-3 1-2-3 1-2 | 3 + 3 + 2On pourrait indiquer les segments et pauses dans la notation:
D---__:T-____:T---|Il y a plusieurs rythmes utilisant ce format de 8 temps subdivisés en 3+3+2 dans la musique du Moyen-Orient et de la Méditerranée. La version gitane de Macédoine (romani) se nomme «cocek» (cho-chek) et comporte des silences accentués. Dans certaines parties de la Grèce ces rythmes accompagnent les danses en ligne dont le «syrto». Le rythme du syrto a tendance à faire alterner les accents et silences d'une mesure à l'autre, en les retardant quelquefois jusqu'à 7 temps.
Dans le Golfe persique (Arabie Saoudite) ce genre de rythme s'appelle «sa'oudI» (Saoudi) ou encore «khaliijii» et est joué plus lentement et moins rempli avec un DOUM en 1 et 3. On le joue quelquefois de façon polyrythmique avec d'autres rythmes à 8 temps comme le karatchi, bien que le polyrythme soit un peu singulier dans la musique de Moyen-Orient. Il semble que ce soit une tendance de la musique moderne influencée par les travailleurs du pétrole venant d'Afrique continentale.
En Égypte et au Liban ce rythme est appelé «malfouf» ou encore «laf» et est plus rempli et accentué avec un DOUM au premier temps. Le malfouf accompagne les danses en ligne et est utilisé dans la musique moderne populaire.
Les musiciens occidentaux considéreraient ce rythme comme un 2 temps puisqu'il fait alterner le temps fort entre le premier temps et les autres. cocek 4/4=3+3+2
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